joi, 12 aprilie 2012

Prima sovietizare: încercarea de acaparare a Principatelor române de către ruşi dintre 1827 şi 1848 descrisă de Ion Ghica (IX)

1839

L’Assemblée fermée, Campineano se décide vers le commence­ment de l’année de 1839 d’aller à Constantinople plaider au nom de plusieurs députés la cause du pays contre les empiéte­ments de la Russie et d’éclairer la Porte sur la question arrivée à Constantinople. Il n’est reçu chez aucun ministre de la Porte. Les ambassadeurs de France et d’Angleterre, l’amiral Roussin et lord Ponsonby, lui font un excellent accueil, l’encouragent et lui conseillent d’aller en France et en Angleterre plaider cette [cause]. Campineano part muni de lettres de recommandation pour monsieur Molé et pour lord Palmerston. À Paris et à Londres il est écouté avec intérêt. Il se met en relation avec Reschid Pascha alors ambassadeur de la Porte. Mais le moment est mal choisi. Les affaires d’Egypte et la mort du Sultan Mahmoud préoccupent la politique européenne. La question des Principautés n’est pas même entamée. La Russie obtient de Reschid Pascha devenu ministre des Affaires Étrangères un firman d’exilé pour Campineano; il est arrêté à Caranszebesch dans le Banat; de là, il est conduit à Vienne et escorté jusqu’à la frontière de Valachie où il est remis entre les mains du gouvernement valaque qui l’envoye dans le couvent de Margineni quoique le firman portait qu’il soit envoyé à Philippopolis. Il est tenu entre Margineni et Ploumbouita près de deux ans et il n’est mis en liberté que sur amende honorable envoyé au Consulat de Russie et sur la condition écrite de ne plus se mêler de politique.

Le firman d’exilé contre Campincano débande tout le parti. C’est à qui irait faire son mea culpa chez le Prince et chez le consul de Russie. Eliad, le secrétaire de la Société Pharmaçonnique [sic], pour témoigner de son zèle, livre au Prince tous les papiers de cette société, écrit des satyres contre Campineano et contre ses amis, des odes à la louange du Prince et crie contre la tolérance de la censure qui a permis l’impression des fables d’Alexandresco dont il interprète et explique les allusions au consul de la Russie et au Prince. Il écrit dans son Courrier que les droits de la Cour protectrice étaient imprescriptibles comme ceux de la Cour suzeraine.

Toute la jeunesse sympathisait avec les idées de Campineano. Le programme politique était posé dans le mémoire qu’il avait remis à Reschid Pascha aux cabinets de France et d’Angleterre: les anciens droits du pays accordés par le sultan Mahomet II.

Le traité du 27 Juillet [1839]4 donnait à espérer que la France et l’Angleterre prêteraient tout leur appui à l’Empire Ottoman pour l’accomplissement de l’œuvre de régénération commencée par le sultan Mahmoud et les esprits commencèrent à se remuer.

1840

De fréquentes réunions avaient lieu chez Mitica Philippesco, l’un des jeunes boyards les plus éclairés et les plus instruits. Vaillant, N. Balcesco, Marin, Telegesco et quelques autres étaient de ces réunions. Vaillant avait profité de ce cercle pour donner aux réunions un caractère d’organisation maçonnique. Aucun doute, elles avaient fini par prendre un caractère politique. Mais il n’y a ni organisation, ni préparatif insurrectionnel. Eliad mis au courant par Izesco de ce qui s’y disait et s’y faisait, alla en informer le Prince et le Consulat de Russie, en présentant ce centre comme ayant des ramifi­cations et des afiliés répandus dans tout le pays, prêts à lever l’éten­dard de la révolte. Le courant du mois d’Octobre, Colonel Nicolas Golesco, aide de camp du Prince, remplassait les fonctions d’aga en l'absence de Manuel Floresco qui était en voyage et chargé d’arrêter les soit-disant conjurés - Mitica Philippesco, Vaillant, Nicolas Balcesco, Marin, Telegesco, Sotir et plusieurs autres dont la liste était donnée par Izesco l’un des leurs. Le Capitaine Costaki de l’Agie fut chargé de faire de nombreuses arrestations dans les districts. À l’occasion de la St. Michel, Eliad présenta son poème intitulé La Chute des Diables - Căderea Dracilor - qu’il dédia à Michel Ghica en le comparant à l’archange qui a précipité les démons du ciel. Une commission composée de Nicolas Golesco, Manuel Floresco, Constantin Ghica et le colonel Odobesco fut instituée pour instruire le procès des conspirateurs.

Mr. Titoff, arrivé comme consul général de Russie, avait annoncé aux boyards, dans le mois de Décembre, que sur les instances de la Mission de Russie à Constantinople, la Porte avait consenti que l’Assemblée fut convoquée. C’est ce qui eut lieu en effet peu de temps après son arrivée. De tous les députés Campineano seul est exclus, un autre est élu à sa place.

Eliad, banni et déconsidéré par tout le monde, s’empare de l’idée de Petro Mayor, se pose en nationaliste en écrivant des articles sur l’ortographe étymologique. Il fait un journal intitulé le Courrier des deux sexes dans lequel il bannit tous les mots qui ne sont pas d’origine latine. Peu de temps après, tout le monde s’occupe d’étymologie. Eliad devient à l’aide de deux ou trois prôneurs le représentant du nationalisme.

L’ambition des frères Bibesco et Stirbey s’aiguisait tous les jours d’avantage en voyant la déconsidération dans laquelle le prince Ghica était tombé dans le pays. Fort de la protection du général Kissileff, ils travaillaient  à profiter de la chute du Prince que la Russie ne pourrait manquer de provoquer, ils allaient et venaient de Paris à Carlsbad et à Vienne où ils se trouvaient souvent avec le Grand Duc Michel et le Général Kissileff. Bibesco passe l’hiver de 1840 à écrire une brochure intitulée Paul Kissileff et les Principautés de Moldavie et de Valachie, par Un habitant des Principautés.

4. De fapt, aici e vorba de Nota colectivă a Puterilor adresată Porţii la 27 iulie 1839. Tratatul din 15 iulie 1840 de la Londra nu include şi Franţa, ci numai Anglia, Prusia, Austria şi Rusia, în spijinul Porţii. Franţa susţinea pe Mehmet Ali.

Cornelia Bodea, Faţa secretă a mişcării prepaşoptiste române – Unitatea naţională, Editura Academiei române şi Editura Nestor, Bucureşti, 2004, pp. 225-279

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